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Un proche de l’agent de maintenance Frédéric Boisseau, première victime de l’attentat de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, a rendu mardi devant la Cour d’assises spéciale de Paris un long hommage à ce « père de famille » tué alors qu’il n’avait « rien demandé à personne ».

Le procès des attentats de janvier 2015 est entré dans sa première phase, mardi 8 septembre, avec les auditions des parties civiles, témoins des faits à Charlie Hebdo. Alors que les six rescapés de l’attaque terroriste dans les locaux de l’hebdomadaire devaient être entendus l’après-midi, ils ont été précédés par le témoignage de Jérémy Ganz, l’ancien collègue de Frédéric Boisseau – responsable d’opérations de maintenance pour Sodexo et première

Frédéric Boisseau, « c’est le père de famille qui se levait pour aller travailler, pour nourrir sa famille, qu’on a oublié », a raconté Jérémy Ganz. « C’est la personne lambda qui n’a rien demandé à personne », a poursuivi le témoin, épaules carrées et crâne rasé, en décrivant les qualités de son ami « Frédo », un homme « ouvert », qui fonctionnait « à l’affectif ».

Frédéric Boisseau, 42 ans, se trouvait dans le hall de l’immeuble où le journal satirique avait son siège quand les frères Chérif et Saïd Kouachi ont débarqué surarmés, le 7 janvier 2015, en hurlant. Incapable de répondre à la question « c’est où Charlie ? », il a été abattu dans la loge du gardien. Il est décédé dans les bras de Jérémy Ganz, pendant que la tuerie se poursuivait dans les locaux de la rédaction.

« Frédo, le premier tué, le dernier enterré »

Interrogé sur le déroulé de la scène, Jérémy Ganz a raconté d’une voix calme le « coup de feu », « l’odeur de poudre » et la violence de l’attaque, avec des détails nombreux difficilement supportables.

« Il y a un mec qui est entré en criant « Charlie ». Il n’a pas demandé où était Charlie. Il a crié. Et il a tiré. Un coup », a-t-il expliqué. « Au début, j’ai pas vu que Frédo était touché. Le canon fumait, je me souviens de l’odeur de poudre. J’avais l’oreille qui sonnait. » « Il y avait une flaque de sang qui commençait à prendre une place phénoménale (…) J’étais en état de choc, mes mains étaient pleines de sang. Je n’arrivais pas à déverrouiller le téléphone », a ensuite relaté le trentenaire.

Puis Jérémy Ganz raconte comment il a emmené son collègue et ami Frédéric Boisseau dans les toilettes de la loge. « Il m’a dit : ‘J’ai chaud, j’ai froid, je crois que je vais crever’. Il y avait tellement de sang qu’il caillait. Et ensuite, j’ai entendu tous les coups de feu ‘ta-ta-ta-tata’. (…) Puis je me souviens qu’il y a eu un silence. Total. Angoissant. Frédo m’a regardé et m’a dit : ‘Dis à mes enfants que je les aime’. Après j’ai compris que c’est là qu’il était mort. Mais moi j’y croyais encore. »

En quelques minutes, les frères Kouachi ont assassiné plusieurs personnes à la rédaction de Charlie Hebdo, et Frédéric Boisseau. Son ami Jérémy Ganz « en (a) voulu énormément à tous les médias. Il n’a pas du tout été cité au début, Frédo. On a parlé des heures et des heures de Charlie Hebdo, mais lui ? Il y a une hiérarchie ? Il a été le premier tué, le dernier enterré. »

Avec AFP





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